Kwa Heri Mandima
Synopsis
Childhood pictures, the departure from Zaire when I was, my friends Watumu, Angi and Amosi, the big shift from a culture to another, identity, memories and footage..
Thématiques
Sélections
- Production :
- 10 min
- 2010
- Ages 3-6, Ages 6-9, Ages 9-12, Teens
- Documentary
- Switzerland
En un coup d'œil
Deux photos amateur scotchées l’une à côté de l’autre composent une vue panoramique : sur le cliché de gauche, une foule compacte de silhouettes sombres en vêtements colorés. Sur celui de droite, un avion à hélice dans lequel sont chargés des bagages. Au centre, les quatre enfants d’une famille franco-hollandaise s’apprêtent à monter dans le cockpit et un garçon de 10 ans à faire l’expérience de l’exil. Cet enfant, c’est le réalisateur Robert-Jan Lacombe, qui est né à Mandima, au Zaïre. La première image de son court métrage autobiographique Kwa heri Mandima, réalisé dans le cadre de ses études au département cinéma de l’ÉCAL (École cantonale d’art de Lausanne), annonce sa démarche : revisiter les archives familiales pour revenir, à partir de plusieurs photos, sur le jour de son départ pour l’Europe.
Le projet du film relève d’un double processus, de reconstruction de souvenirs d’enfance, d’une part, et de déconstruction d’un regard, d’autre part. Le commentaire en voix off, dit par Robert-Jan Lacombe lui-même, s’adresse à l’enfant qu’il était et confère une dimension introspective au film. La mise en scène fait voyager le spectateur à l’intérieur des images fixes par des recadrages sur des détails, des mouvements de caméra et la juxtaposition de photos. Le réalisateur déroule son enfance avant et après son départ et confronte par le montage des images de sa vie au Zaïre puis en Europe : aux photos de foot avec ses amis congolais succède ainsi une photo de classe avec ses camarades français. En revisitant les clichés familiaux, il s’interroge sur ce que montrent ces clichés et ce(ux) qu’ils occultent : ses amis congolais, invisibles car restés dans le hors champ (c’est à dire hors du cadre) d’une photo de famille et la situation politique du pays. Quand les dernières images du film s’animent, ce moment du départ apparaît comme ce qu’il est vraiment, un évènement fondateur à l’origine d’un double sentiment d’exil pour le réalisateur : l’adieu à l’enfance et la perte de son pays natal, bientôt déchiré par la guerre, pour laquelle il n’y a pas de photos dans les archives familiales.
À la loupe
Narrative construction
Voir les films liés à ce motifKwa Heri Mandima reconstitue, photos à l’appui, le départ de la famille Lacombe d’Afrique. Le titre du film signifie d’ailleurs “Au revoir Mandima” en swahili, la langue la plus parlée au Zaïre (l’actuelle République démocratique du Congo). Entre passé et futur antérieur, le commentaire du réalisateur présente ce moment comme la charnière de son existence, qui marque la fin d’une époque, l’enfance – qui apparaît comme un paradis perdu – et le début d’une nouvelle ère, l’adolescence en Europe. La scène précise du départ sert de pivot au récit, à partir duquel d’autres voyages dans le temps s’organisent, comme si ce premier moment en contenait plusieurs. Apparaissent au cours du documentaire des photographies de la vie du réalisateur avant et après son départ : certaines archives évoquent ses souvenirs les plus anciens, lorsqu’il vivait au Zaïre, d’autres illustrent des anecdotes plus récentes, quand la famille est rentrée en Europe et qu’il adopte un mode de vie plus occidental – les jeux vidéo ou Michael Jackson. Le montage organise le va-et-vient entre les photos du départ et ces clichés d’avant et après ce moment. Pour finir, le récit revient au temps du départ à travers un film vidéo – donc des images subitement en mouvement – tourné au moment où l’avion décolle.
Image and framing
Voir les films liés à ce motifLe film est l’occasion pour le réalisateur de s’interroger sur son identité : est-il congolais comme ses amis, hollandais comme sa mère ou français comme son père ? Où peut-il se sentir « chez lui » ? Ce questionnement guide son choix et la mise en scène des photos qui composent le film. Pour raconter son enfance au Zaïre, il accumule des clichés de cette période. Sur la plupart d’entre eux, il apparaît entouré de ses amis. À cette série de photos de groupes d’enfants succède un cliché classique de la famille Lacombe, juste avant le décollage. Les parents et les quatre enfants prennent la pose face à l’objectif de manière très traditionnelle. Dans le commentaire, le réalisateur se demande pourquoi cette photographie exclut les autres êtres chers avec qui il a grandi. Son questionnement sur ce qui fait l’identité d’une famille et d’un individu est renforcée par les recadrages et les glissements de la caméra effectués à partir de ce cliché. Une autre famille semble alors se composer quand le cadre se fixe sur Robert-Jan et ses camarades. Le réalisateur voit dans leur position, en arrière-plan et au bord du cadre, l’annonce de leur éloignement.
Soundtrack
Voir les films liés à ce motifLe commentaire du réalisateur prend la forme d’un dialogue entre lui et l’enfant qu’il était. À cette voix off se rajoutent ponctuellement des sons d’ambiance un peu lointains. Ils contribuent au travail de reconstitution du passé et semblent animer les images, comme le brouhaha des copains sur les photos de groupe ou le bruit des hélices, qui annonce l’éloignement à venir. Ces interventions sonores donnent ainsi une dimension affective à l’image, qui se renforce dans la séquence finale, quand la bande sonore du décollage est pleinement restituée par la vidéo. Se fait alors entendre, pour la première et seule fois du film, la voix émue du réalisateur alors enfant. La coupure nette du son fait ensuite ressentir la brutalité de l’exil.
Piste d'exploitations pédagogiques
- À qui appartient la voix du commentaire, selon vous ? À qui s’adresse-t-il ? Pourquoi ?
- Que fait le réalisateur avec les photos d’archive de sa famille ? Comment s’y prend-il pour raconter son histoire et interroger ses souvenirs ?
- Quelle est l’image du film qui, selon vous, exprime le mieux le sentiment de perte ?
- Pourquoi le réalisateur choisit-il d’insérer la vidéo de son départ en avion à la fin du film ? Quel effet ou sentiment cela crée-t-il ?
- Quel rapport entretient-on à la photographie ? Avez-vous, vous aussi, été marqué(e) par une photographie de votre enfance ? Prenez-vous des photos, avec un appareil ou votre téléphone ? Pour quelles raisons ?
Atelier écriture : racontez un souvenir à partir d’une photo d’enfance. Précisez dans votre texte le contexte de la prise de vue, les lieux où la photo a été prise, les personnes qui figurent sur le cliché, leurs émotions, etc.
Atelier montage : imaginez un récit à partir d’une photographie d’ensemble, par exemple une photo de classe ou un portrait de famille. N’hésitez pas à vous inspirer de petits détails du cliché, à en proposer des parties recadrées et à les présenter dans l’ordre de son choix. Enregistré ou lu sur les images, ce récit pourra aussi être agrémenté de sons d’ambiance ou de musique.
Atelier reportage : tel(le) un grand reporter, racontez un évènement historique précis à l’aide de quelques photographies cherchées en ligne.
Sur la réalisation d’un film à partir de photographies : Kwa heri Mandima peut être utilement rapproché du court métrage de science-fiction La jetée (1962) de Chris Marker composé de photos en noir et blanc, qui raconte l’histoire d’un homme marqué à jamais par une image d’enfance. Si le film de Chris Marker projette le spectateur dans le futur, l’œuvre du cinéaste Jean-Gabriel Periot revisite des évènements historiques en s’appuyant sur une exploration minutieuse d’images d’archives que le cinéaste analyse, recadre et revisite pour décaler le regard et interroger la mémoire. Ses courts métrages 200 000 fantômes (2007), sur la catastrophe d’Hiroshima, et Eût-elle été criminelle (2006), sur les femmes tondues à la Libération, sont disponibles sur le Kinétoscope.
Sur le sentiment d’exil : comme Kwa heri Mandima, plusieurs courts métrages disponibles sur le Kinétoscope explorent le sentiment d’exil : Le départ (2020) de Saïd Hamich Benlarbi raconte lui-aussi le déchirement de l’exil à hauteur d’enfant, Charlot émigrant (1917) de Charlie Chaplin est l’un des tout premiers films à évoquer l’émigration… et les désillusions de l’exil. Quant au documentaire animé Europe by bidon (2022) de Samuel Albaric et Thomas Trichet, il s’appuie sur le témoignage d’un migrant nigérian qui a survécu à une traversée épique et raconte son parcours loin de chez lui dans un documentaire animé.
Sur le conflit en République démocratique du Congo (ex-Zaïre) : la découverte de Kwa heri Mandima peut être l’occasion d’éclairer le contexte historique de la première guerre du Congo, qui eut lieu entre 1996 et 1997. Ces recherches pourront être complétées par le visionnage du film Retour à Mandima (2011) du même cinéaste, qui repart dans son pays natal sur les traces de son enfance et de ses trois meilleurs amis, quinze ans après son départ.
Générique
- Direction : Robert-Jan Lacombe
- Production : Ecole Cantonale d’Art de Lausanne
- Screenplay : Robert-Jan Lacombe
- Sound : Robert-Jan Lacombe
- Editing : Robert-Jan Lacombe
Autres ressources
Fiche rédigée par
Amélie Dubois, Thomas Cabrera et Margot grenier