Les Liaisons foireuses

Chloé Alliez, Violette Delvoye

Synopsis

Tonight, Lucie, Maya, and their friends are having a big party.. Even Jimmy has come: he's there for Maya, everyone knows it. But at the moment when everything is supposed to happen, hidden feelings, tender and confused, surface for Maya and Lucie. It's difficult making sense of them in this evening driven by alcohol that flows freely, a tear-jerking playlist, and raging hormones.

Thématiques

Sélections

  • Production :
  • 11 min
  • 2021
  • Ages 9-12, Teens
  • Animation
  • Belgium , France
  Malentendants

En un coup d'œil

Allusion humoristique au roman Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (1782), le titre annonce d’emblée le ton parodique du court métrage, renforcé par une typographie aux couleurs flashy. Chloé Alliez et Violette Delvoye ont en effet choisi un registre comique pour raconter cette histoire de séduction et d’attractions inattendues au sein d’un groupe d’adolescents. Inspiré du vécu de l’une des réalisatrices, qui a éprouvé à l’adolescence une attirance pour sa meilleure amie sans parvenir à l’assumer, le récit recèle une véritable profondeur : au-delà de l’orientation sexuelle, il interroge la difficulté à trouver sa place dans un groupe sans trahir ce que l’on ressent.

Les deux réalisatrices s’emparent d’une séquence emblématique du teen movie : la fête à la maison, en l’absence des parents, moment où tout semble possible. L’alcool et la musique galvanisent les participants, qui jouent au sempiternel jeu de la bouteille, se défoulent sur des tubes populaires, puis se rapprochent lors d’un slow. À l’intérieur de ce cadre connu et codifié, le film déjoue pourtant les attentes du spectateur, tout comme celles de Maya et Lucie, surprises par ce qu’elles vivent. Le titre prend alors tout son sens : que se passe‑t‑il lorsque la pression du groupe conduit à une liaison finalement peu désirée ?

Dans ce film animé en stop-motion, chaque personnage est une marionnette constituée d’une prise électrique pour le corps et d’un interrupteur pour la tête. Ce choix n’est pas anodin : on peut y voir une métaphore des émotions qui les traversent et les électrisent sans crier gare. Mais les réalisatrices ont avant tout choisi ces matériaux pour l’aspect pataud qu’ils confèrent aux corps des adolescents, sur lesquels elles posent un regard à la fois drôle, tendre et profondément empathique.

À la loupe

Playing with the spectator

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En reprenant les codes du teen movie, les réalisatrices s’amusent avec les attentes du spectateur, conditionnées par des schémas narratifs bien établis. L’un des plus puissants est celui du beau gosse qui séduit une fille un peu timide, encouragée par ses copines, avec une résolution sous forme de déclaration. Ici, le baiser réellement désiré par Maya arrive à contretemps et rompt avec la représentation hétéronormée habituelle de ce type de séquence. Une seconde surprise survient ensuite, lorsque tout – musique, lumière, découpage – laisse présager cinématographiquement que Maya et Lucie vont se retrouver, mais que, finalement, la norme sociale reprend le dessus et les sépare.

Comme dans tout teen movie, la musique constitue un élément essentiel du film, tant dans la narration que dans le rythme. Si le décor renvoie à l’époque où les réalisatrices étaient elles-mêmes adolescentes – les personnages manipulent des CD, dont un estampillé Hits été 2000 –, les titres choisis, eux, sont contemporains, tout comme le langage des protagonistes. La transition entre le morceau Foutre le bordel du groupe La Femme (2021), mêlant rock et électro, et le slow spécialement composé pour le court métrage par le groupe belge Juicy, marque ainsi un changement d’ambiance et de rythme. Les paroles de la chanson semblent elles-mêmes exprimer ce qui se passe entre les personnages.

Le changement de musique et le début du slow encouragent Maya et Lucie à se rapprocher. Elles s’apprêtent à danser ensemble. Ce moment de climax, qui laisse enfin entrevoir un dénouement longtemps différé, s’accompagne d’un mouvement de caméra particulier : un travelling circulaire. La caméra tourne autour de Maya avant de s’arrêter sur le visage de Lucie, en contrechamp. Pendant ce mouvement, Lucie s’est avancée vers son amie et cette soudaine proximité a quelque chose de presque magique. Les deux jeunes filles se retrouvent alors réunies dans le même cadre, au terme d’un mouvement qui les relie dans un cercle, comme la traduction visuelle d’un léger vertige. Cet instant suspendu est brusquement rompu par la voix de Mathieu, qui invite Lucie à danser et, ce faisant, la sépare de Maya. 

Piste d'exploitations pédagogiques

- Quel sens donnez-vous au titre ?

- En quoi ce film déjoue-t-il, ou non, vos attentes ? Que pensez-vous de la fin ? L’aviez-vous anticipée ?

- De quel personnage vous sentez-vous le plus proche ? Pourquoi ? Selon vous, est-il possible d’affirmer sa singularité lorsqu’elle va à l’encontre des attentes d’un groupe ?

- Ce film rentre dans la catégorie des teen movies, des films dont les personnages principaux sont des adolescents : connaissez-vous d’autres œuvres (films ou séries) qui relèvent de ce genre ?

Analyse : ce film met en scène des archétypes, voire des stéréotypes, d’adolescents, c’est-à-dire des personnages ayant des caractéristiques reconnaissables de tous. Décrivez les personnages du film – caractéristiques physiques mais aussi psychologiques – et proposez un nom pour chaque archétype. Certains personnages sont plus difficilement classables : à votre avis, pourquoi ?

Atelier créatif : récupérez deux ou trois objets du même type et concevez vos propres marionnettes. Trouvez un moyen de leur donner une identité propre à l’aide d’attributs symboliques. En utilisant les personnages que vous aurez fabriqués ou des figurines jouets, recréez une scène du film en conservant la bande son d’origine.

Adaptation théâtrale : dans le cadre d’une approche théâtrale, rejouez tout ou partie du film en réfléchissant à sa mise en scène et à l’adaptation par rapport au film : remplissage des ellipses, travail du langage des corps et des visages pour les émotions, alternatives à la scène de baiser, etc.

Sur les teen-movies : le teen movie, ou film pour adolescents, est un genre cinématographique qui se développe aux Etats-Unis à partir des années 1970, à mesure que l’adolescence s’impose comme une catégorie sociale et culturelle. En parcourant quelques exemples “classiques”, on peut en approfondir les thématiques – passage à l’âge adulte, réflexions existentielles, découverte de la sexualité… – mais aussi les différentes formes qu’adopte le genre : comédie comme Breakfast Club de John Hughes 1985), musical comme Grease de Randal Kleiser (1978), drame comme Outsiders de Francis Ford Coppola (1983), voire horreur comme Carrie au bal du diable de Brian De Palma (1976).

Sur l’animation en stop motion : dans leur projet intitulé World in Stop Motion, une série d’ateliers qui ont généré dix épisodes, visibles sur le site consacré au projet (https://worldinstopmotionfr.wordpress.com/), les réalisatrices présentent leur principe de travail et les coulisses de création d’atelier de stop motion.

Sur l’adolescence et les comportements à risque : en lien avec des associations de prévention et/ou du personnel medico-social, on peut entamer une réflexion autour des comportements à risque, des facteurs psycho-sociaux qui les régissent – construction de l’identité, volonté d’émancipation, vulnérabilité – afin de mieux les faire connaître et de mieux les gérer.

Générique

  • Direction : Chloé Alliez , Violette Delvoye
  • Production : Zorobabel , Vivement Lundi !
  • Screenplay : Chloé Alliez , Violette Delvoye
  • Animation : Chloé Alliez , Violette Delvoye
  • Cast : Egzon Abazaj , Beyza Alimolla , Raphaël Annoye , Hélène Bolange Boteku , Solène Da Silva Luca , Mathieu Paquet , Andrew Plume , Maria-Francesca Randazzo , Claudia Ribeiro , Raphaël Riestra y Arango , Evmorfia Spanoudis , Gabriella Zola
  • Music : Julie Rens , Sasha Vovk

Autres ressources

Fiche rédigée par Anne-Sophie Lepicard, Thomas Cabrera et Margot Grenier