La lampe au beurre de Yak
Synopsis
A young itinerant photographer and his assistant suggest to tibetan nomads to photograph them in front of various background.
Thématiques
Sélections
En un coup d'œil
Avec La Lampe au beurre de yak, le cinéaste chinois Hu Wei cherche à dresser un état des lieux d’une région, le Tibet, ainsi que d’un système politique, celui de la République populaire de Chine. Pour ce faire, il emploie un dispositif au minimalisme extrêmement efficace : des Tibétains défilent face à l’objectif pour être pris en photo, devant des décors artificiels qui prennent eux-mêmes la forme de toiles photographiques. Ces fonds photographiés ne sont pas neutres : Palais impérial, Grande muraille de Chine, stade aux couleurs des Jeux Olympiques de 2008, rues saturées de Hong-Kong… C’est toute la grandeur écrasante de la civilisation chinoise qui se succède derrière ces tibétains anonymes, dont les visages silencieux semblent eux raconter une tout autre histoire – une histoire niée et étouffée par un régime chinois aux commandes de la région depuis l’annexion du Tibet, dans les années 1950. La critique ici à l’œuvre est à la fois frontale et indirecte : le film montre une réalité (celle du Tibet et de ses traditions) enfermée dans une autre réalité (celle de la Chine et de son influence), mais ce constat militant se dissimule derrière une forme impassible, feutré, qui formule une critique sans donner l’air d’y toucher.
À la loupe
Non-narrative film
Voir les films liés à ce motifLa Lampe au beurre de yak est une œuvre qui semble échapper au principe de narration. Le film prend ainsi la forme d’un enchaînement de tableaux qui ne fait évoluer aucune histoire, sinon celle d’une journée de travail. D’une scène à l’autre, on retrouve donc un même photographe et son assistant, plus ou moins habiles à faire tenir leurs modèles dans le cadre. Un postulat qu’on pourrait qualifier de réflexif au sens où ces personnages de photographes sont les prolongements de la figure du réalisateur. À travers eux, Hu Wei rappelle que l’enregistrement du réel est toujours affaire d’arrangements, d’artifices.
Off-screen space
Voir les films liés à ce motifLe dispositif en forme de plan fixe laisse la part belle au hors-champ, qui se manifeste ici de plusieurs manières. Il y a d’abord les photographes, qui organisent ces portraits de famille derrière leur appareil et sont souvent réduits à des voix. Il y a, ensuite, le décor naturel, que les panneaux photographiques obstruent sans cesse – avant qu’il ne soit révélé par un stupéfiant plan final, qui dégage une impression paradoxale d’irréalité. Enfin, c’est toute l’histoire conflictuelle de la Chine et du Tibet qui remue les bords du cadre, s’immisçant par des détails, des allusions – comme ce maire qui rappelle à ses habitants qu’ils doivent nettoyer leur maison pour satisfaire les membres du Parti communiste en visite dans la région.
Collective/individual history
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Piste d'exploitations pédagogiques
- En quoi le plan final est-il étonnant ? Qu’avez-vous ressenti en le découvrant ?
- Le film n’est pas un documentaire, mais il réunit certains codes du genre. Lesquels ?
- À quel point ce film se rapproche-t-il de la pratique contemporaine du selfie ?
Écriture : Réalisez le récit d’une photographie de famille (Où a-t-elle été prise ? Quelles sont les personnes qui s’y trouvent ? Quelle atmosphère s’en dégage ? Quels sentiments ressentiez-vous à l’époque, et aujourd’hui ? ...). Appuyez-vous sur la photographie en elle-même, mais aussi sur des recadrages ou des fragments pour élaborer votre récit.
Analyse d’image : Établissez le lien (contraste, symbolique, poétique, etc.), avant de l’expliciter, entre les fonds de chacune des photographies du film et les personnages qui se font photographier.
Atelier portraits croisés : Réalisez deux portraits photographiques sur fond artificiel : une photographie de vous et une autre d’un ou une camarade. Le fond doit être choisi comme représentant au mieux la personne. Confrontez vos photographies avec celles des autres.
Sur le Tibet au cinéma : La réflexion sur l’histoire du Tibet peut être prolongée par une mise en perspective avec d’autres films sur cette région ayant inspiré de nombreux cinéastes occidentaux, par exemple Bernardo Bertolucci dans Little Buddha (1993), Martin Scorsese dans Kundun (1997), Éric Valli dans Himalaya, l’enfance d’un chef (1999), etc.
Sur l’utilisation à l’écran de la toile peinte : Ce film peut représenter une porte d’entrée vers les débuts du cinéma et son utilisation “magique” de la toile peinte, qui fut l’un des premiers effets spéciaux du cinéma : Le Voyage dans la lune de Georges Méliès (1902) à voir sur le Kinétoscope.
Sur la pose photographique dans l’Histoire : Un pont peut être établi avec le travail du photographe allemand August Sander dans son projet Visages d’une époque, dans lequel il dresse un portrait se voulant sociologique et objectif de la société allemande des années 1920, notamment par le choix des modèles et les types de poses, de fonds et d’accessoires utilisés.
Générique
- Direction : Hu Wei
- Production : Julien Féret
- Production : Goya Entertainment , Ama Productions
- Image : Stéphane Degnieau , Jean Legrand
- Sound : Liu Cheng , Hervé Guyader
- Cast : Genden Punstock
- Editing : Hu Wei
- Setting : Hu Wei
Autres ressources
Fiche rédigée par
Louis Blanchot, Thomas Cabrera et Margot Grenier